Un cas particulier : Les gens du voyage : l’extrême pauvreté
Nous avons voulu nous pencher aussi sur les conditions de vie particulières, plus que précaires, des gens du voyage et analyser les conséquences de cette pauvreté sur les enfants. Cette catégorie peut en effet apparaître comme celle des « oubliés parmi les oubliés ».
Pour ce faire, nous sommes allés à la rencontre des gens du voyage sur leur lieu de vie en dehors des conférences citoyennes, car le caractère non sédentaire de leur habitation ne permettait pas de les rencontrer autrement.
Qui sont les gens du voyage ?
Le terme « gens du voyage » évoque inévitablement l’itinérance, le nomadisme, les grands déplacements, des gens sans terre qui vont et qui passent dans notre pays.
L’appellation « gens du voyage » est une définition globalisante de plusieurs communautés et ethnies (Roms, Manouches, Sinti, Gitans, voyageurs d’origine européenne) dont les identités sont difficiles à cerner. Leur univers est complexe tant au point de vue de leur origine qu’au point de vue de leur mode de vie (nomades, sédentarisés ou oscillant entre les deux), ou des références sociales (il existe parmi eux des riches et des pauvres) et culturelles.
En Belgique, on estime actuellement le nombre de gens du voyage à près de 15.000 personnes.
Ces populations sont souvent stigmatisées car itinérantes, vivant à la marge et « n’étant pas du coin ». Ils sont souvent perçus comme des intrus, des indésirables qui perturbent. Leur organisation sociale est ignorée, leurs activités économiques sont dévalorisées. Les sédentaires préfèrent ne retenir d’eux que des images comme la grosse caravane, la musique, la délinquance et la mendicité…
Et pourtant, ces gens forment des communautés présentes en Europe depuis des siècles et leur l’histoire est mêlée à celle des peuples qu’ils fréquentent.
L’exclusion et ses conséquences
Les gens du voyage incarnent l’exclusion. L’axe central de leur exclusion est l’habitat mobile qui n’est pas considéré comme un logement.
Ces populations peuvent être expulsées par les forces de l’ordre à tout moment, parfois à l’aide d’armes. Ainsi, par principe, les terrains sur lesquels ils peuvent rester sont à l’abri des regards et à la limite de l’insalubrité.
Au niveau familial, les enfants vivent avec leurs parents et souvent leurs grands parents.
L’exclusion des familles rejaillit automatiquement sur les enfants à différents niveaux : ils ne peuvent se laver le matin, ils manquent de chauffage en hiver, ils sont victimes du stress causé par les expulsions et leur environnement est malsain en raison de leur installation sur des terrains insalubres.
« Sur le terrain, il n’y a aucune commodité. Il n’y a pas d’eau, pas d’électricité. La question de l’eau est primordiale. Certaines familles peuvent s’en procurer à 15 kilomètres du terrain sur lequel nous nous trouvons. D’autres familles ne peuvent le faire. C’est donc la solidarité entre familles qui joue. »
Comme dans tout groupe de population en situation de précarité, les problèmes de santé sont légion et aggravés par les conditions de logement : les caravanes, surtout en hiver, sont des endroits confinés, parfois humides où le chauffage au pétrole provoque des problèmes respiratoires. Dès lors, le droit à l’éducation n’est pas une priorité.
« J’ai quatre enfants, c’est ma femme qui apprend à lire, écrire et compter. La question de l’obligation scolaire est difficile pour nous. Il est hors de question que j’envoie mes enfants à l’école. Ce serait impossible puisque nous sommes tout le temps sur la route. »
Par ailleurs, comme les expulsions font partie de leur quotidien, les enfants sont amenés à changer d’école régulièrement.
Puisque la Communauté française impose la scolarité aux enfants du voyage, il est nécessaire de soutenir leur réussite scolaire. Dès lors, si des cours par correspondance sont mis en place, il est essentiel que les gens du voyage bénéficient d’une aide dans l’intérêt des enfants et qu’un service mobile chargé d’un soutien à l’enseignement soit accessible aux gens du voyage.
Leur domiciliation étant presque toujours impossible, ils ne bénéficient d’aucun revenu de chômage, d’aucune allocation du CPAS, d’aucune allocation familiale. Les gens du voyage vivent donc dans une extrême précarité.
Ils peuvent être considérés à la fois comme parmi les plus vulnérables et comme les révélateurs de la complexité qui traverse les questions de pauvreté.
Source : "Rapport relatif aux incidences et aux conséquences de la pauvreté sur les enfants, les jeunes et leurs familles", par le Délégué général aux Droits de l'enfant ; Novembre 2009, pp. 30-32


